"On était sur le cul"

"On était sur le cul"

Article Sud Ouest Publié le 22/09/2015, par G. L

Malgré des moyens plus que limités, le Team Louit Moto 33, dirigé par le manageur charentais Gilles Caballo, est devenu champion du monde d’endurance dans la catégorie Superstock.

Gilles Caballo, au milieu de ses pilotes, lors des 8 Heures d’Oschersleben.

Deux Charentais, damant le pion à un troisième Charentais au sommet de la hiérarchie mondial. Hypothèse improbable de prime abord.

Telle est pourtant l’histoire extraordinaire de Gilles Caballo et de Julien Pilot, sacrés champion du monde d’endurance dans la catégorie Stock à l’issue du Bol-d’Or disputé ce week-end. Une épreuve pourtant promise au talentueux Gregg Black.

Mais les dieux de la mécanique ne l’ont pas entendu de cette oreille, à en juger par l’abandon du Confolentais, déjà sacré en 2014 et leader de l’épreuve avant la manche de ce week-end sur le circuit Paul-Ricard (au Castellet, dans le Var).

De quoi faire le bonheur du team Traqueur Louit Moto 33, et de son manageur chéracais (17), qui revient sur les conditions de sa consécration.

Premier en Superstock, 4e du classement général du championnat du monde d’endurance… le résultat est inespéré…

Gilles Caballo. Au début, on n’y croyait pas. Tu fais tout pour y être, et quand tu y es, tu te dis : « Merde, on est champion du monde ». On était tous sur le cul.
Notre nom restera gravé sur les tablettes de la FIM (Fédération internationale de moto, NDLR).
On a pourtant gagné plusieurs fois les 24 Heures de Barcelone, on a aussi fait des podiums au Mans, mais là, ça n’a rien à voir. On vit un rêve éveillé, d’autant plus que c’est la deuxième fois qu’on fait un championnat du monde complet (le championnat du monde d’endurance regroupe les 24 Heures du Mans, les 8 Heures d’Oschersleben en Allemagne et donc le Bol-d’Or, NDLR).

Comment en êtes-vous arrivé là avec des moyens aussi limités ?

C’est vrai que nous ne disposons que de 40 000 euros de budget. Ce qui n’est rien à côté de 200 000 ou 300 000 euros des grosses structures. On est une des plus petites équipes. Je crois que c’est une histoire de passion. Comme nous le disent nos partenaires, on est hyper-soudé.

Et puis on est tous bénévoles. Tout le monde fait ce qu’il a à faire, du mécano au cuistot. Mais c’est vrai qu’au niveau logistique, avec le Team à Bordeaux, moi et Julien (Pilot, NDLR) en Charente, les chronos à Lyon, la moto à Chartres (une Kawasaki, NDLR), c’est assez compliqué. Mais on est récompensé avec cette histoire extraordinaire. C’est tout simplement énorme ! On a battu des grosses structures, avec des moyens très limités, et ça, c’est notre plus grande fierté.
Justement, racontez-nous le déroulé de votre saison.

Lors des 24 Heures du Mans, on reste longtemps 3e au général. Et puis on casse le connecteur du pot d’échappement. Ce qui fait qu’on finit 6e, et 2e de notre catégorie. Là, on se dit qu’on a vraiment un truc à jouer.
À Oschersleben, c’était moins ça. On a bien roulé, mais le circuit était un peu plus compliqué. On termine 10e au général, et 3e de notre catégorie. Restait ce Bol-d’Or, avant lequel on était 2e en Stock à 15 points de Gregg Black.
Notre tactique était simple : il fallait partir fort pour être devant lui, ou lui coller au derrière pour lui mettre la pression et provoquer une erreur. Et là, il abandonne après 4h30 de course.
À ce moment précis, on était 12 au général et 4e de notre catégorie Stock. Il fallait que l’on termine dans les 13 premiers pour remporter le titre. On a décidé d’assurer le coup plutôt que de prendre des risques pour aller chercher la victoire.

Je peux vous dire que c’était aussi long que stressant. On a donc calmé le jeu à 3 heures de l’arrivée, et ça a tenu. Après, on est quasiment toujours resté dans le top 10, en remontant ou en redescendant au grès des ravitaillements.
Un petit mot sur l’autre Charentais, votre pilote Julien Pilot ?

L’an passé, il avait fait Le Mans avec nous, et cette année, il a disputé l’intégralité de la saison. Je l’ai connu sur les circuits. Je savais que c’était un pilote rapide et fiable, mais aussi un bon gars. Il ne fait pas partie de ces pilotes qui ont la grosse tête et qui sont ingérables. C’est quelqu’un de régulier, qui colle parfaitement à la mentalité du team.

Comment avez-vous fêté votre titre ?

On a bien sûr bu quelques coups, mais on a vite dû tout ranger pour laisser les paddocks « clean » avant de partir. Ce qui m’embête, par contre, c’est d’avoir perdu ma moustache que j’avais depuis toujours. Mais j’avais promis aux gars que si on était champion du monde, je la rasais.

Recueilli par G. L.